Les soins de support et la santé intégrative appliqués aux patients en affection chronique


 

Dr Jean-Philippe WAGNER, cancérologue et algologue, co-fondateur de la Société Française d’Oncologie Intégrative,  responsable du Pôle Oncologie Médicale de l’Institut Andrée Dutreix Clinique de Flandre, Elsan, Coudekerque Branche. jpwagner@iadonco.org

 

Les soins de support ont été définis par la HAS comme « Traduit de l’anglais « supportive care », le terme « soins de support » désigne « l’ensemble des soins et soutiens nécessaires aux personnes malades, parallèlement aux traitements spécifiques, lorsqu’il y en a, tout au long des maladies graves » reprenant ainsi la définition  donnée par l’AFSOS Association Francophone des Soins Oncologique de Supports.

Les soins de support ont modifié le paysage de l’oncologie en proposant une meilleure qualité de vie aux patients et des modifications des modes de fonctionnement des professionnels et des organisations de soin. Ils ont contribué de mon point de vue au moins autant à l’augmentation de la quantité de vie et de la qualité de vie que les avancées thérapeutiques majeures ces 20 dernières années dans mon domaine, la cancérologie. Actuellement, ils sont en cours de développement dans l’accompagnement de l’ensemble des pathologies chroniques en France ; rappelons que 15 millions de nos compatriotes sont pris en charge dans le cadre des ALD (et que 5 millions n’ont pas encore été diagnostiqués…).

La santé (ou médecine) intégrative est un concept émergent en France depuis moins d’une dizaine d’années alors qu’il existe des départements entiers de cette spécialité dans les grands centres universitaires ou privés aux USA ou dans le reste de l’Europe ; son actualité est plus intense ces derniers temps en France mais de manière négative avec la levée d’une opposition de la médecine « traditionnelle » « scientifique », comme par exemple le collectif contre la Fake Medecine qui s’est illustré récemment en militant pour le déremboursement de l’homéopathie et qui s’attaque maintenant à la naturopathie et à la sophrologie.

La santé intégrative est l’utilisation conjointe des médecines conventionnelles, des médecines complémentaires et de la médecine du mode de vie. Elle est le fruit de la coordination de pratiques de santé validées, centrées sur le patient, fondées sur la science et dispensées en équipe multidisciplinaire. Son objectif est de permettre le retour ou le maintien de la santé dans un bien-être optimal. Son originalité réside dans l’inclusion du patient et de ses propres représentations de soin dans la prise en charge globale de sa santé. [1]

Cette médecine intégrative repose avant tout sur l’utilisation de Pratiques de Santé Non Conventionnelles (PSNC) devenues ou non des Interventions Non Pharmacologiques (INP) ou Médicamenteuses (INM). Le site du Ministère de la santé donne les indications suivantes « Différences entre la médecine conventionnelle et les pratiques de soins non conventionnelles (PSNC) : La médecine « conventionnelle » s’appuie sur des traitements qui ont obtenu une validation scientifique, soit par des essais cliniques, soit parce qu’ils bénéficient d’un consensus professionnel fort obtenu avec l’accord et l’expérience de la majorité des professionnels de la discipline concernée. Dans la très grande majorité des cas, les pratiques de soins non conventionnelles n’ont pas fait l’objet d’études scientifiques ou cliniques montrant leurs modalités d’action, leurs effets, leur efficacité, ainsi que leur non dangerosité. [1] Ces pratiques sont très diverses : ostéopathie, chiropraxie, méditation, hypnose, mésothérapie, auriculothérapie, biologie totale, lypolyse, acupuncture/ moxibustion, homéopathie, biorésonance, phytothérapie, thérapie nutritionnelle, réflexologie, naturopathie, aromathérapie, hypnothérapie, sophrologie, thermalisme psychiatrique, jeûne, massages, qi gong, tai-chi etc. Ces pratiques se développent parallèlement à la médecine « conventionnelle », en France et partout dans le monde. Elles sont également en progression dans le champ du bien-être, de la nutrition et de l’apparence esthétique »

L’OMS dénombre plus de 450 PSNC sur terre :  elle fait bien la différence entre ce que l’on appelle les médecines traditionnelles et les pratiques non conventionnelles ; par exemple en Chine la MTC (Médecine Traditionnelle Chinoise) est une médecine « traditionnelle »…en France elle est une PSNC (ou une INM ?)

Parmi ces 450 pratiques certaines sont devenues ou sont en train de devenir des INPs. Quelle est la définition de ces dernières ? Selon une plateforme universitaire spécialisée, une INM « est une intervention non invasive et non pharmacologique sur la santé humaine fondée sur la science. Elle vise à prévenir, soigner ou guérir un problème de santé. Elle se matérialise sous la forme d’un produit, d’une méthode, d’un programme ou d’un service dont le contenu doit être connu de l’usager. Elle est reliée à des mécanismes biologiques et/ou des processus psychologiques identifiés. Elle fait l’objet d’études d’efficacité. Elle a un impact observable sur des indicateurs de santé, de qualité de vie, comportementaux et socio-économiques. Sa mise en œuvre nécessite des compétences relationnelles, communicationnelles et éthiques » (Plateforme CEPS, 2017, www.plateforme-ceps.fr) in [2]

UNE NOUVELLE OFFRE DE SOINS EN CLINIQUE

Entre 30 à 70% des patients (plutôt 70% en cancérologie) ont recours à un moment donné de leur parcours à une INP ou PSNC…très peu le disent à leur médecin. [1] Au-delà du risque (minime) d’interactions médicamenteuses, le savoir est essentiel d’une part parce que cela permet souvent de comprendre des améliorations étonnantes de l’état des patients et d’autre part parce que cela permet à l’équipe biomédicale de participer à la prise en charge globale du patient. Pour cela, il faut changer de mode de relation praticien-patient en l’encourageant à signaler qu’il a recours à ces pratiques, parfois en l’y incitant quand de manière évidente nous sommes dans des difficultés de prise en charge et que parfois recourir au service d’un magnétiseur ou d’un coupeur de feu nous permet d’avancer dans l’amélioration symptomatique par exemple d’une douleur ou d’une cicatrice qui guérit mal. Oui nous ne comprenons pas comment cela fonctionne, mais j’ose rappeler ici que de tout temps l’effet placebo a été un effet thérapeutique parfois très intenses comme dans la douleur où il explique dans certaines études jusque 70% des améliorations.

A la Clinique de Flandre depuis plusieurs années je pratique les soins de support intégratifs. Nous avons démarré depuis cette année avec l’association Santé Intégrative Côte d’Opale Flandre (SICOF) une collaboration afin d’offrir aux patients un parcours de santé intégratif : si le patient le souhaite après proposition de son cancérologue, d’un soignant de l’équipe ou de lui-même, il est reçu par notre patiente-experte pour lui expliquer l’offre de soins proposée. S’il est intéressé, un deuxième entretien est réalisé par une infirmière en cancérologie, spécialisée en accompagnement intégratif et il rentre ensuite dans le parcours de soin ; il peut pratiquer la médiation, la sophrologie, l’activité physique adaptée (en partenariat avec la Maison Sport Santé DK PULSE qui intervient à la clinique), la diététique-émotionnelle, l’écriture thérapeutique, l’art-thérapie, le do-in, la socio-esthétique, la médiation équine et la voile thérapeutique. D’autres soins de support plus « officiels » comme la psychologie, la diététique, le recours à une assistante sociale, la kinésithérapie… sont possibles en HDJ Parcours de Soins et Soins de Support de la Clinique.

Actuellement, ces soins intégratifs ne peuvent être remboursés. Le reste à charge pour le patient est de 20 euros par mois pour accéder à tous ces soins (PASS’SUPPORT) ; la SICOF prend en charge le reste des frais inhérents à ces activités.

Nous proposons également dans le cadre des soins intégratifs une autre INP : la PhotoBioModulation (PBM). Nous avons à la Clinique une unité de PBM dans laquelle nous réalisons par semaine  une trentaine de séances essentiellement pour le traitement de la douleur chronique et iatrogénique (polyalgies diffuses des antiaromatases, neuropathie post-chimiothérapique…), des mucites, des retards de cicatrisation, de l’alopécie. La PBM est une des nombreuses techniques de photomédecine. Elle repose sur la propriété de la lumière rouge et proche infrarouge  de basse énergie de moduler les phénomènes biologiques, notamment en permettant à la mitochondrie de récupérer ses propriétés de production d’énergie et de rééquilibrage du stress oxydatif ; la PBM est antiflammatoire, antalgique, cicatrisante et régénérante des cellules. Son utilisation en toute sécurité en cancérologie a été validée par de nombreuses études depuis 30 ans. Un étude prospective par allocation séquentielle a été acceptée par le GIE Recherche Clinique d’ELSAN et sera menée à la Clinique de Flandre ; le but de cette recherche est de comparer l’efficacité et la tolérance de la PBM  vs patch de capsaïcine vs association des deux dans la prise en charge du Syndrome Douloureux Persistant Post Mastectomie qui touche 3/5 des femmes opérée avec une douleurs en moyenne de 6/10 à l’échelle visuelle analogique !

Dernière innovation dans le domaine des INPs développés à la clinique de Flandre : la gélothérapie (thérapie par le rire). Nous testons et accompagnement un nouveau dispositif autonome pour faire rire les patients  : le dispositif ALOL® ; il s’agit d’un boitier dans lequel un rire de 66 secondes enregistré par un acteur professionnel permet de déclencher le rire du patient et cela 3 fois par jour. Nous avons testé le dispositif à la Clinque en HDJ de chimiothérapie selon le même protocole qu’en radiothérapie au Centre des Hautes Energies de NICE (Pr RJ BENSADOUN) et obtenu d’excellent résultats notamment pour l’amélioration de l’humeur et de la douleur (pour en savoir plus https://alol.fr/).

CONCLUSION

Il me semble que le temps est venu d’arrêter d’opposer biomédecine et « médecines douces », parce que les patients et les usagers du système de santé le demandent et parce qu’il est logique de ne pas rajouter des « effets secondaires aux effets secondaires » comme le font trop souvent les médicaments allopathiques proposés en…soins de support ! Le modèle économique reste cependant à trouver ne serait-ce que parce que la plupart de ces INPs sont réalisées par des…humains. Je pense qu’un groupe comme ELSAN doit être un incubateur pour le développement de cette nouvelle médecine ; la HAS se penche actuellement sur un panier de soins intégratifs qui sera pris en charge par l’Assurance Maladie.



[1]   J.-L. Bagot, I. Theunissen, J.-L. Mouysset, J.-P. Wagner, N. Magné, et A. Toledano, « La santé intégrative : définition et exemples de mises en œuvre en oncologie en France », Rev. Homéopathie, vol. 12, no 4, p. 215‑221, déc. 2021, doi: 10.1016/j.revhom.2021.10.015.

[2]   G. Ninot et al., « De la définition des Interventions Non Médicamenteuses (INM) à leur ontologie », Hegel, vol. 1, no 1, p. 21‑27, 2018, doi: 10.3917/heg.081.0021.

[1] https://sante.gouv.fr/soins-et-maladies/qualite-des-soins-et-pratiques/securite/article/les-pratiques-de-soins-non-conventionnelles#:~:text=Les%20pratiques%20de%20soins%20non%20conventionnelles&text=Ost%C3%A9opathie%2C%20chiropraxie%2C%20hypnose%2C%20m%C3%A9soth%C3%A9rapie,dites%20non%20conventionnelles%20(PSNC).

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